Menu principal

La revanche de Georges Lloyd
par Mireille Forget le 2020-11-26

En marge de l’élection américaine du 3 novembre tenue en pleine pandémie, nous avons assisté à une augmentation majeure du vote par anticipation, mais surtout à un vote par la poste qui a littéralement explosé.  Lors de cette élection, ce sont 66% des électeurs qui se sont exprimés, un chiffre qu’on ne dépasse qu’en remontant en 1904, lors de la réélection de Teddy Roosevelt.  En 2020, ce sont 158,9 millions d'Américains qui ont voté, dont 36 millions par la poste, un record.


Le vote noir sort de l'ombre

On sait que les afro-américains habitent surtout les grandes villes et votent démocrate mais que, par désintérêt, leur vote ne s'exprime pas trop dans les faits.  Mais le 3 novembre 2020, le vote noir s’est littéralement emballé.  Partout, les communautés se sont organisées afin d'aider les indécis à exprimer leur voix.  Cette assistance prenait différentes formes comme le porte-à-porte ou des kiosques dans les rues. 

Ce mouvement a pris de l'ampleur à la suite des troubles qui ont marqué le pays lors du décès de Georges Lloyd, un afro-américain étouffé par un policier blanc connu pour sa brutalité.  Cet événement, qui a été filmé en direct, a vite fait le tour du monde et donné naissance à une série de manifestations dans les rues, aux USA et ailleurs dans le monde.  

Autre fait à souligner, les afro-américains et les latinos comptent 80% des décès dus à la covid-19 aux USA et il semblerait que les mauvaises conditions de vie et d’assurance soient reliées à ce chiffre.  Une autre raison pour préférer une formule sans contact.  Tous ces événements et la réponse rude et inadéquate de l'administration Trump ont poussé les Noirs américains à exprimer leur ras l'bol.  Ajoutons que trop des États américains ont, au fil des ans, formulé divers règlements afin de décourager le vote afro-américain.  

Mais il arrive que ce soit justement ce vote anticipé, majoritairement Noir, qui a donné l’avantage à Jos Biden et à Kamala Harris, la première femme et de couleur de surcroit, à obtenir la vice-présidence.  Un juste retour des choses ou un réveil de la communauté noire brimée depuis des siècles?


Guérir des blessures de son passé

Les ancêtres des afro-américains n’ont pas choisi de quitter l’Afrique.  Ils ont été capturés par les négriers, vendus et traités comme du bétail.  Puis, tenus dans la peur et la violence quotidiennes, sans parler de l’ignorance.   Tous ces mauvais traitements ont laissé des traces dans la société, dans l'âme américaine.  Bien sûr, il y a eu la guerre de Sécession où les Yankees des états du Nord ont vaincu en 1865 les états esclavagistes.  Et le XIIIe amendement qui a interdit l’esclavage.  Mais les préjugés n’ont pas cessé pour autant et la maltraitance envers les personnes de couleur s’est poursuivie sans relâche et se poursuit encore en 2020.


Signe des temps

Détails intéressants qui accompagnent cette mouvance, deux États américains ont aussi profité du vote afin de tenir un référendum sur des points qui rappelaient le temps de l’esclavage.  Le Mississippi a choisi d’abandonner le drapeau confédéré, devenu un symbole de cette économie esclavagiste du tabac et du coton qui a tant exploité les Noirs.  On a choisi de le remplacer par un nouveau drapeau qui affiche une fleur de magnolia sur fond bleu.  C’était le dernier État à encore utiliser ce vieux drapeau sudiste fortement controversé.  

De son côté, l’état de Rhodes Island and Plantations a profité de l’occasion pour éliminer de son nom les mots « and Plantations » et tourner le dos à son passé agricole esclavagiste.


Vers un avenir plus juste? 

Tous ces événements expriment un mouvement de la société américaine vers plus de justice et d’inclusion.  

Il me semble bien que les Américains soient en train de se sortir d’un mal-être persistant et apprennent, peu à peu, à résoudre et effacer les traces laissées par l’esclavage et la maltraitance...  Tout n'est pas réglé, loin de là, mais on entrevoit l'espoir d'un monde meilleur où peuvent guérir les blessures du passé.

Mireille Forget, 6 novembre 2020





Mots-Clefs

Vote noir aux USA  
Espace publicitaire