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Le deuil en temps de pandémie
par Mireille Forget le 2021-06-07

La pandémie ne s'essouffle pas et nous fait vivre toutes sortes de deuils. Elle impose des mesures de confinement qui ont une incidence dans de nombreux domaines de la vie sociale. La fin de vie, le moment du décès et des funérailles sont particulièrement concernés par l’étendue de ces mesures. 

Les défis habituellement associés à la mort et au deuil ont été aggravés sur plusieurs plans, rendant les proches d’une personne décédée davantage à risque d’un deuil dit compliqué, voire même traumatique. 

Ainsi, il y a de fortes raisons de croire que la rupture des liens sociaux due au confinement auront des effets néfastes chez certains groupes d’endeuillés dont les personnes âgées, celle qui vivent isolées, etc. et entraînera davantage d’isolement social. 

Le deuil en suspens

«Le deuil pandémique, c’est un deuil qui est en suspens, qui ne finit plus de finir», disait la professeure et chercheuse en psychologie Mélanie Vachon. 

Certaines circonstances de décès, plus que d’autres, incitent les endeuillés à taire leur souffrance ou encore à s’isoler. Le fait de ne pas pouvoir accompagner la personne en fin de vie, le fait de ne pas pouvoir assister aux funérailles va venir interférer dans le processus de deuil, mais cela ne va pas le bloquer, car il débute dès l’instant où vous perdez un proche. Confinement ou pas, le processus de guérison se met en place et il doit suivre son cours.

Pour illustrer cette situation prenons par exemple.  Lorsque vous avez une coupure profonde sur la main, le corps va faire en sorte de la protéger par un mécanisme de cicatrisation. Il se met en place de façon naturelle, complètement involontaire pour notre corps afin de protéger son intégrité. 

Le processus de deuil, c’est la même chose. Dès qu’il y a une profonde blessure psychique, il y a automatiquement un processus qui se met en place pour tenter de cicatriser et de préserver la santé psychique de la personne. 

Ce qui veut dire que, par chance, dans l’impossibilité d’accompagner l’être cher lors du décès, de ne pas avoir de funérailles, il y a un processus de deuil inconscient, qui nous échappe et qui se met tout de même en place. Soyez assuré que la guérison viendra. D’ailleurs, elle est déjà commencée en vous.


L’importance des rituels funéraires

Les rituels funéraires sont aussi affectés par les nombreuses restrictions. Bien qu’ils soient l’un des éléments qui permettent de faciliter le processus de deuil, ils ne sont pas la condition première pour que le processus s’initie. 

Il est tout de même possible d’entamer le processus de deuil en trouvant d’autres moyens de marquer le décès, même si les rituels funéraires sont reportés à plus tard.

Il est très important de faire une forme de rituel pour dire au revoir et pour marquer la vie et le départ d’un être aimé.  Pour qu’un rituel soit aidant, même s’il est d’une grande simplicité,  il doit avoir un sens. Même si les contacts sont limités entre les personnes, il est nécessaire de le vivre avec d’autres personnes même si c’est virtuel. 

Le rituel permet d’exprimer ses émotions, son affection et son amour, et de dire sa peine. Par exemple, vous pouvez choisir de créer un espace spécial dans lequel vous allumez une bougie et dites une prière ou toute autre chose pour dire au revoir. Vous pouvez aussi écrire une lettre exprimant les choses que vous vouliez lui dire, mais sans jamais avoir eu l’occasion de le faire. Peut-être ressentirez-vous le besoin d’aller dans le nature pour communiquer autrement, écouter sa musique préférée ou une autre musique qui vous relie à cette personne. À chacun d’apprivoiser sa forme de rituel.

Les deuils multiples

Dans le contexte actuel, contrai-rement au deuil d’un seul disparu, les pertes sont multiples parfois au sein d’une même famille ou d’un réseau social. Une dame dont le conjoint venait de décéder me disait: «Tout le monde est en deuil, je ne suis pas la seule à pleurer.»

On sous-estime le chagrin de certains endeuillés qui doivent s’ajuster, à leur façon, à la mort d’un proche. La pandémie que nous vivons est largement médiatisée et elle renvoie chacun à sa propre mort. 

Il importe avant tout de favoriser l’expression de la souffrance de chacun. Rappelez-vous que l’expression des émotions est la clé de la guérison.


Ne pas être présent

Le confinement apporte aussi des contraintes qui, pour les vivants, compliquent le processus de deuil. Il peut être difficile, parfois impossible d’être aux côtés d’un proche qui est en fin de vie au moment où il décédera.  Il se peut que vous vous sentiez dépassés, vulnérables et seuls. Il se peut aussi que vous vous sentiez coupable de devoir rester chez vous, sachant que vous pourriez ne plus revoir la personne qui vous était chère. Le manque de contact physique et de communication avec cette personne peut empirer la détresse émotionnelle et psychologique chez les proches. Ce type de deuil sera d’autant plus difficile à traverser dans l’impossibilité pour beaucoup de proches de se rendre à des funérailles. Si les déplacements sont impossibles, surtout ne pas focaliser son attention sur «je n’étais pas là».


Et pour conclure …

Accompagner un être cher jusqu’au moment de la mort est une expérience hors du commun. La situation que nous vivons présentement a peut-être empêché plusieurs d’entre vous d’être présents. Cette restriction nécessaire est néanmoins cruelle et à la limite de la tolérance humaine.

Rappelez-vous qu’il y aura une fin à ce confinement et donc la possibilité de se réunir, et ainsi pouvoir préparer une cérémonie de souvenir. Même différée, ce sera aidant pour les personnes en deuil. Ne soyez pas trop sévère avec vous-mêmes.

Si vous désirez me rejoindre, je serai attentive à vos questions ou préoccupations et je tenterai de vous apporter des éléments de réponse et un peu de réconfort.

Liette Desjardins

Célébrante funéraire laïque et accompagnement du deuil

desjardins53@videotron.ca




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Deuil & pandémie  
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