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L'année des Anglais en Côte-du-Sud
par Mireille Forget le 2021-08-31

Le 12 août dernier, les citoyens de Saint-Roch-des-Aulnaies et des environs étaient conviés à une conférence de l'historien Gaston Deschênes. Natif de Saint-Jean-Port-Joli, il est titulaire d'une maîtrise en histoire et il a travaillé pendant plus de 30 ans comme historien et bibliothécaire de l'Assemblée nationale à Québec.  

Il est également éditeur et l'auteur de nombreux ouvrages, dont plusieurs sont consacrés à différents aspects de la Côte-du-Sud comme son histoire, sa littérature et ses anecdotes.

Cette conférence a attiré environ 75 amateurs, 75 s'approchant également de la moyenne d'âge de l'auditoire.  Comme quoi l'intérêt pour l'histoire va peut-être déclinant, comme va aussi l'intérêt pour les livres, les collections et le patrimoine.

Qu'à cela ne tienne, la conférence de Gaston Deschênes fut très intéressante et enrichie de nombreuses diapositives de documents authentiques, de cartes anciennes et d'images montrant «l'Anglais» dans ses plus beaux uniformes.  

S'en est suivie une période de questions qui a permis d'identifier clairement l'année de construction des immeubles aulnois faussement prétendus du régime français et de distinguer l'histoire vraie de certaines légendes sympathiques.  Rappelons les faits d'il y a 260 ans.  La Guerre de Sept ans entre la France et l'Angleterre débute en Amérique deux ans plus tôt, dès 1754, par des escarmouches et des incursions de part et d'autre de la frontière commune. 

La Nouvelle-Angleterre, beaucoup plus peuplée (10 fois plus) que la Nouvelle-France, n'arrive pas à assouvir ses désirs d'expansion et la chute de Louisbourg pave la voie à la cible ultime: la ville de Québec.

À l'été 1759, au su de l'attaque imminente, on fait évacuer la Côte-du-Sud : 15 paroisses et une trentaine de seigneuries jugées vulnérables, soit 10.000 habitants (20% de la colonie).  La majorité des miliciens – les hommes de 15 à 60 ans – rejoignent l'armée régulière à Québec. Les femmes, les enfants et les vieillards prennent le bois.  Le général Wolfe franchit rapidement les pièges nautiques du Saint-Laurent avec environ 200 bateaux et débarque ses troupes sur l'île d'Orléans, puis à Beaumont.  30.000 Anglais contre trois fois moins de Français.

Les premières destructions, par l'Anglais Goreham ont lieu dans Charlevoix et sur la côte de Beaupré.  Début septembre, Wolfe envoie le spécialiste des mises à sac, George Scott, et 1600 hommes ravager la Côte-du-Sud.  

Il veut ainsi brûler et piller les jardins de la Nouvelle-France pour faire sortir Montcalm, démoraliser les miliciens et faciliter la prochaine campagne militaire advenant l'obligation pour les troupes de rentrer en Angleterre par la force d'une guerre inachevée.  L'expédition vise aussi à punir les civils français qui n'obéissent pas aux avis de se tenir pacifiques.

Scott débarque ses troupes à Kamouraska le 7 septembre 1759, trois milles à l'est de l'église.  Deux jours plus tard, les hommes entament une longue marche qui les mène jusqu'à Cap-Saint-Ignace le 16 septembre.  

Chemin faisant, ils brûlent 998 immeubles d'importance, à Kamouraska, Rivière-Ouelle, Sainte-Anne, Saint-Roch-des-Aulnaies, Saint-Jean-Port-Joli et Cap-Saint-Ignace.  Pendant ce temps, Goreham et une autre troupe brûlent et pillent dans la région de Montmagny.  Puis, c'est la victoire des Anglais aux Plaines d'Abraham le 13 septembre, ce qui met fin aux ravages.  Les incendiaires rejoignent Québec. 

Gaston Deschênes a conclu sa conférence en soulignant l'érection passablement récente de trois monuments à la mémoire de «L'année des Anglais», à Montmagny, Saint-Jean-Port-Joli et Kamouraska.  

Ces trois monuments sont postérieurs à la publication de son ouvrage, publié chez Septentrion et réédité trois fois.  Nul doute qu'il serait souhaitable pour Saint-Roch-des-Aulnaies d'avoir également un monument, ne serait-ce que pour souligner la résilience de nos ancêtres revenus reconstruire et cultiver sur les cendres de 1759.

Jean-François Caron, Maison Tarapatapom





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